L’art de confondre produits biologiques, sains et de luxe.

En Australie, il y’a quelque chose qui m’a toujours particulièrement surprise : cette fâcheuse manie de mélanger et d’associer tout sous prétexte que cela paraisse « sain ». Et d’augmenter ainsi magnifiquement les prix.

Dernier exemple en date qui m’a un peu exaspéré est la mention « healthy » récemment ajoutée à une célèbre marque australienne de supermarché produisant des flocons d’avoine à cuisson rapide. Non seulement elle n’est pas biologique mais en plus on ne sait même pas si cet avoine est non OGM. Alors après chacun achète ce qu’il souhaite bien entendu, bio ou non, mais au moins que le consommateur ne se fasse pas berner par ce genre de mention. Sous prétexte que l’avoine ne fait pas grossir et baisse le cholestérol. Dans ces cas-là des tas d’aliments font ce genre de chose et toutes les marques d’avoine devraient avoir cette fameuse mention. Quand le greenwashing atteint même le domaine de l’alimentation^^. Je sais qu’en France certaines marques laitières faisaient cela mais ici, c’est devenu un art. Limite une dérive des fabricants si j’ose dire.

IMG_0069

Et pour cela, nous avons le temple même de cette étrange tendance anglo-saxonne avec les fameux « health stores ». Véritable paradis pour tous ceux qui souhaitent accéder à des produits cosmétiques, soins ou compléments alimentaires estampillés « healthy » et biologiques. Sauf que tout n’est pas toujours sain. Et encore moins bio. Je dirais même qu’on y voit pas mal de greenwashing. Et c’est bien dommage car tout le monde ne peut pas savoir lire les listes INCI et donc pas mal d’Australiens se retrouvent à utiliser des produits qu’ils pensent biologiques.

Dans ces magasins, on peut y trouver de tout, en passant par des farines alimentaires, des céréales en vrac à des compléments alimentaires un peu loufoques comme des produits cosmétiques plutôt habituels. Même des lampes de sel et autres choses assez ésotériques. Pourquoi pas en effet si le consommateur recherche ce genre de choses dans ces magasins.

Faisons un petit tour du propriétaire : 

Dans le rayon alimentaire, on mélange allégrement produits biologiques et non biologiques sans faire de distinction. Et c’est fait exprès car les sacs de farine non biologiques ont pratiquement le même design et portent du vert tout comme leurs homologues biologiques. Et c’est souvent la marque même du magasin. Il faut juste chercher la mention « organic » partout sur le sachet pour savoir si cela l’est ou non. Et j’avoue que quand on a pas l’habitude, on tombe très vite dans le panneau si on recherche du bio. Surtout que pour de la farine de pois chiche par exemple (si votre magasin le fait, cela dépend des endroits de plus) il n’existe pas de version biologique. Heureusement que pour laver ses cheveux ce n’est pas gênant. Et je ne parle pas des céréales en vrac : il n’y a en général rien de biologique. Mais la mention « healthy » ou « paleo friendly » est bien là elle. Ensuite on y retrouve des huiles, des beurres d’amande, de peanut ou du tahini, un peu de laits végétaux, des tonnes de thés différents (pas beaucoup de bio), des spécialités japonaises comme du miso. Tout ce qui paraît sain aux yeux du potentiel consommateur en fait. Et aussi du gluten-free. Que serait un pays anglo-saxon sans gluten-free^^. Même les cosmétiques deviennent gluten-free à présent. Cependant au niveau alimentation biologique, c’est essentiellement dans les supermarchés, les marchés du coin et quelques magasins plus spécialisés que l’on trouve son compte, pas dans ce genre de magasins.

– Un rayon de compléments alimentaires encore à cheval avec l’alimentation. Vous savez, cette mode des IMAG0058« superfood ». Donc on retrouve un peu de tout comme de l’acérola, des baies de goji, de la spiruline, du caroube, du cacao pur (bio ?), des graines de chia ou de lin, des épices, du jus d’aloes, un peu de pollen, de la levure de bière et d’autres trucs dont l’efficacité est moins prouvé mais qui fait fureur auprès des anglo-saxons. Genre du jus d’herbe ou d’orge. Vous pourrez constater des titres un peu racoleurs comme « amazing », « super nutritious », « detox » et autres. Je ne sais pas si l’on trouve ce genre de noms en zone euro, si ? Parce que j’ai l’impression que c’est vraiment qu’aux USA et dans le Common Wealth.

– Un vrai rayon de compléments alimentaires sous formes de gélules ou granulés. Comme des sels de Schussler, des vitamines, etc… Et là vous avez normalement (avec de la chance) quelqu’un de renseigné et qui conseille. Enfin ça c’est en théorie car quand je pose des questions pour tester, la personne n’arrive jamais à me répondre. Donc bon^^.

– Le rayon que j’apprécie vraiment le moins : celui des protéines à foison. Des étalages entiers de boissons surprotéinés, de poudres à mélanger, de la créatine, de stimulants musculaires et j’en passe. Tout pour anéantir ses reins, quoi. Et en Australie c’est super populaire, il faut manger des protéines à chaque repas selon les magasines « healthy ». Même si vous n’êtes pas très sportif. Et c’est 5 repas dans la journée. Je vous laisse imaginer. Je ne vois pas en quoi c’est healthy de manger des poudres pour se doper personnellement. Mais ce n’est que mon avis bien entendu, je ne suis pas une sportive.

IMAG0067

Le parfait exemple australien: des protéines, du gluten free et des cosmétiques pas toujours biologiques. On remarque d’ailleurs bien le code couleur vert.

– Un rayon cosmétique. Qui se veut biologique mais qui ne l’est pas toujours. Je suis tombée sur des marques qui exploitent pleinement le greenwashing comme celle Dr organix (c’est beau comme nom quand même), des produits utilisant pas mal d’EDTA ou de phénoxyéthanol. Apparemment c’est assez bien toléré en Australie. Des baumes au calendula avec une composition désastreuse côtoyant d’autres avec une composition parfaite. Pas mal de produits à base d’aloe vera avec des conservateurs assez néfastes aussi. Un bon aloe vera se trouvera en pharmacie, pas ici. Et puis des savons avec de l’EDTA obligatoirement. Heureusement que des petits producteurs locaux vendent leurs savons fait-main pour trois fois rien. Parfois vous aurez même la chance d’en trouver dans un de ces magasins mais ce sont alors surtout les Wholefood qui le proposent (un autre sujet vaste mais cela regroupe en fait les magasins en vrac et c’est tout récent !). Enfin on IMAG0064retrouve aussi bien des marques européennes à des prix assez rédhibitoires (Weleda ou logona) que des marques américaines aux compositions tronquées. On retrouve d’ailleurs beaucoup de shampoings pas souvent sans sulfates et de soins lavant pour le corps. Quelques marques australiennes essayent aussi de sortir du lot.

Un détail assez surprenant d’ailleurs : saviez-vous que les fabricants de crèmes solaires ne sont pas obligés de donner leur composition en Australie ? Le truc bien inquiétant. Et celles biologiques emploient de l’oxyde de zinc nanoparticulé.

– Et enfin un peu de tout et de rien. Du miel de la région pas cher, du beurre de cacao en vrac, des livres « healthy », des barres protéinés, des friandises gluten-free, des jouets en bois pour bébé, quelques lessives bio, des bougies, des bracelets anti-moustiques, brosses en bois, perles, etc…

_______

Mais finalement le problème, ce n’est même pas le fait que ces magasins vendent pèle-mêle et sans prévenir des produits biologiques comme des produits à la composition douteuse. Ou qu’il manque certains produits bien utiles comme des shampoings solides, du rhassoul ou des savons types Marseille multitâches (autre que du dr Bronner qui n’en est pas vraiment)*. Si on est pas vraiment renseigné, on peut faire l’erreur de commander des produits issus du greenwashing et ce sont apparemment les responsables de magasins qui adaptent les produits à la demande donc c’est compréhensible.

Ce qui me dérange par dessus tout, c’est surtout les prix qu’ils pratiquent. Pour mon petit coeur fragile et pauvre, je trouve que c’est littéralement un scandale :D.

Et un petit florilège des prix pour votre plus grand plaisir : 

  • Une cup menstruelle ? Oui, une seule disponible de la marque Juju et pour la modique somme de 63 dollars. Heu… la mienne, c’était 15 euros quand même.
  • Une crème Weleda contre les vergetures à 30 dollars
  • Du beurre de karité Brut (après avoir fait 8 magasins sur toute la côte Est et ce n’est que depuis 6 mois qu’ils se sont mis à en vendre selon la vendeuse) à 39 dollars les 100 gr. La même marque en ligne sur un site international pour à peine 13 dollars. Je vous parle même pas des 5 euros d’Aromazone.
  • Déodorants pour pas moins de 12 dollars.
  • Les 100 gr de henné à 13 dollars. Et si vous en trouvez du neutre, vous avez gagner le gros lot.
  • Les savons à mains pour 10 dollars en moyenne.
  • De l’huile d’argan à 50 dollars les 30 ml.
  • Les shampoings de 250 ml pour 15 dollars. Ce n’est pas le pire au niveau des prix, j’avoue.
  • Et ceux à 500ml reviennent en général à 20 dollars donc c’est plutôt pas mal. Dommage pour la composition pas top.
  • La spiruline à 60 dollars le pot
  • Le mini pot de calendula (30 gr) pour 16 dollars. Je me souviens encore du baume à la fleur de soucis en pot de 100gr pour 9 euros.
  • Les huiles essentielles c’est 20 dollars en moyenne le flacon. On apprend à s’en passer et c’est bien aussi.
  • Du vinaigre de cidre bio pour 10 dollars.
  • Huile d’émeu à 60 dollars
  • Charbon activé pour 25 dollars.
  • La marque Jurlique typiquement australienne propose des produits à moitié bio pour 60 dollars en moyenne.
  • Du lait de riz ou d’avoine pour 6 dollars le litre. Alors que la même marque en supermarché sera à 2.50.

Je crois qu’il n’y a que les dentifrices, certains pains de savons, le miel, l’huile de coco, la cire d’abeille et les brosses en bois qui sont à prix raisonnable.

_______

Petit détail qui a sont importance : 

Les magasins, même s’ils font partis en général d’une grande chaîne de distribution comme Go Vit,* ont tous leurs spécificités selon où ils sont implantés. Et c’est honnêtement la misère. Parce qu’on ne sait jamais si on va trouver ce que l’on cherche en entrant dans le magasin. Par exemple celui du centre ville n’a pas de beurre de karité, pas non plus beaucoup de produits cosmétiques européens et certaines marques manquent. Par contre il a un vrai rayon spécialisé en compléments alimentaires et homéopathie que ne possède pas celui de la périphérie. Qui quant à lui, propose pas mal de marques européennes comme le Dr Haushka ou du beurre de karité brut (le Saint Graal d’une Nouillémie). Cependant  il vaut mieux ne pas demander les prix, huhu !

*En ce qui concerne le manque de certains produits en Australie, il faut savoir que récemment le pays a amorcé une nouvelle vague d’importations de denrées européennes et asiatiques et on trouve de plus en plus de choses jusqu’alors totalement absentes du paysage aussie. Notamment des fromages français inédits, des biscottes norvégiennes, de plus en plus de marques biologiques européennes comme Dr Haushka, du couscous à grain moyen, du boudin blanc, de la brioche vendéenne, etc… On peut dire que les australiens en sont ravis. Dommage que je parte du coup :D. Et c’est aussi une bonne nouvelle pour la Slow Cosmétique australienne qui mute ainsi par effet boule de neige.

Publicités

8 réflexions sur “L’art de confondre produits biologiques, sains et de luxe.

  1. Sincèrement là je suis vraiment choquée (je sais très bien que ça existe, mais autant dans le même endroit c’est vraiment beaucoup!). Les industriels n’ont vraiment pas honte :/ Leurs magasins fonctionnent-ils bien quand même?

    J'aime

    • Ils fonctionnent car si tu souhaites un minimum de soins « naturels », tu n’as pas trop le choix. Et les magasins totalement bio comme en Europe n’existent malheureusement pas. Et Chamane n’a pas vraiment tord, c’est une certaine catégorie de gens ou des expatriés qui y vont.

      J'aime

  2. le problème commercial de l’ Australie, c’ est que le fit y est général, mais le bio ( organic) y passe pour une quasi secte, laquelle se ravitaille au organic farmers market dans les exploitations bio
    la différence est nette entre le quasi associatif et le commercial pur
    ajoutons la terreur d’ importer ce qui est vivant…

    J'aime

    • C’est un peu ça en effet.
      Il y a encore deux ans pour de la nourriture organique, c’était quelques grosses marques qui oscillent entre le bio et le green washing pour le sec (pain, cereales par exemple) et le reste (produits frais) des associations d’organic farmers et donc les marchés. Je comprend ainsi l’idée d’une « secte » qui se ravitaille uniquement dans les organic markets (secte de hipster/hippies riches en fait :D). Maintenant quelques petites marques commencent enfin à percer et on peut éviter plus facilement le greenwashing pour le sec. Par contre toujours peu de produits frais biologiques sans passer par la case « organic farmer market ». Parfois certains magasins de distribution ont de petits partenariats avec quelques producteurs locaux et offrent ainsi des denrées bio comme du lait, quelques fruits ou du pain. Mais ce n’est pas dans toutes les villes.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s